Histoire

Déville ne fut, pendant des siècles, qu’un simple village, qui eut une certaine célébrité.
Dans les temps les plus reculés, les forêts qui encadraient la vallée du Cailly, descendaient beaucoup plus près du lit de cette rivière, ce qui peut expliquer certaines appellations, comme le «Grand Aulnay» et le «Petit Aulnay», qui étaient des terrains marécageux et plantés d’arbres.
En 1844, en creusant le sol pour l’établissement de la ligne de chemin de fer «Paris-Le Havre», on a retrouvé un sarcophage de pierre avec squelette de l’époque franque. En 1880, lorsqu’on agrandit le cimetière, des ouvriers découvrirent des traces de l’époque gauloise avec des objets en bronze (moule, haches, fauciles, poignées d’épées, fragments de lance, anneaux, bracelets,…) – Ces éléments sont visibles à Rouen au Musée des Antiquités – Ces outils sont d’une grande valeur archéologique. On considère ces objets comme une «cache» d’un fondeur ambulant.
Il y avait certainement quelques habitants (des bûcherons) dans notre vallée dès l’époque des moines de l’abbaye de Saint-Martin de Boscherville.
Dès le XIIIe siècle, Déville devient la propriété seigneuriale des archevêques de Rouen. Ce fief fut certainement donné par un roi mérovingien. Cette possession, en tout cas, expliquerait l’étymologie du nom de Déville, qui, sur les anciens actes, s’écrit tantôt : «Deivilla», «Danvilla» ou «Desvilla» – ce qui signifierait «la Maison de Dieu» ou «Cité de Dieu» – allusion vraisemblable au manoir que les Archevêques possédaient à Déville. Ce manoir était situé sur l’emplacement de la «Grande Carue», il était entouré de jardins et de prairies, bordant la rivière de Cailly sur laquelle les Archevêques avaient des droits de pêche.
Ce manoir fut le séjour favori de l’évêque Eudes Rigaud – il eut l’honneur d’y recevoir le Roi de France : Saint-Louis. Il accueillait dans son manoir ses vassaux, ses amis, conformément aux us et coutumes de l’époque.
Le manoir atteint son apogée avec le premier Cardinal Georges d’Amboise, l’illustre ministre de Louis XII. Celui-ci fit faire à son manoir des transformation importantes et il y reçut de nombreux hôtes.
Les Archevêques délaissèrent leur manoir au XVIe pour celui de Gaillon. Cet abandon mena la ruine du manoir de Déville.
La vallée compte de nombreuses sources ferrugineuses près de la rivière du Cailly. L’une de ces sources a gardé sa célébrité : la fontaine Saint-Siméon (à l’angle de la rue Abbé Decaux et de la rue du Docteur Emile Bataille). Elle a fait pendant des siècles, l’objet de pèlerinages pour la guérison des maladies de la peau.
Parmi les personnages célèbres qui résidèrent quelque temps à Déville, on doit citer, en 1731, le grand écrivain Voltaire. Poursuivi à paris en raison de ses hardiesses de plume, il vint se cacher à Déville dans la propriété d’un ami rouennais. Pour tout le monde, il était supposé s’être retiré à Londres.
Un autre personnage connu passa à Déville, le Premier Consul Bonaparte, venant de Roeun, visita l’usine de M. Rawle et l’indiennerie de Mme Long. Devenu empereur, Napoléon 1er revint à Déville le 30 mai 1810, il venait du Havre et était accompagné par l’Impératrice Marie-Louise qu’il venait d’épouser.
Le Roi Louis-Philippe vint à son tour à Déville en 1831 et 1833, il visita l’établissement Girard.
Dans un autre registre, il faut citer les «Frères Delattre», deux figures typiques de notre commune. Le premier «Louis-Alfred Delattre» (1850-1932) père blanc ordonné par le Cardinal Lavigerie. Ce dernier envoie le père Delattre à Saint-Louis de Carthage afin de «veiller sur les trésors cachés qui les entourent et de travailler à les découvrir». Le père Delattre ne tarde pas à fouiller le sol méthodiquement. Après cinq ans, il ne compte pas moins de 6 300 pièces diverses trouvées dans le sol et aux alentours de carthage. Le 11 janvier 1932, il meurt des suites d’une crise d’asthme.
Son frère, Joseph Delattre (1856-1912) sera «le peintre des brumes de la Seine». Il suit les cours de dessin et de peinture pour apprendre et affirmer sa position. Très fantaisiste et contre l’enseignement officiel, il réalise ses premiers essais d’une qualité assez médiocre. En 1880, il est admis au Salon municipal de Rouen, il éclaircit sa palette et réalise quelques vues de la ville.
Des premiers signes de sa pneumopathie se manifestent ; tourmenté, désespéré, il peint quelques natures mortes dans son atelier. En 1898, il expose à Paris et remporte un vif succès ce qui lui redonne le moral. Sa famille s’agrandit. En 1904, il travaille sur les coteaux de Biessard et sur les bords de la Seine où il réalise ses plus belles toiles, mais sa cote reste peu élevée comparée à celle d’autres artistes. Fatigué, épuisé, il rend le dernier soupir le 7 août 1912. Sa reconnaissance sera posthume, ses toiles sont maintenant très prisées des collectionneurs !
En 1735 apparait la création d’un établissement industriel : la manufacture royale de plomb laminé. Cette industrie métallurgique connaîtra un développement important au fil du temps, du «plomb» à la «Compagnie Française des Métaux», de «Sidelor» à «Mannessman». C’est la plus vieille industrie de la ville.
D’autres industries naquirent aux environs de 1700 : fabriques de vitriol, impression des étoffes, teintures, indienneries… L’industrie textile prit alors une extension pour donner à Déville un développement considérable. Les «Barbet», «Gonfreville», «Long», «Fauquet», «de Ménibus» furent d’importants industriels du tissu. Malheureusement, la perte de nombreux marchés précipitera la chute de l’indienenrie. Après avoir connu un brillant essor, cette industrie disparut complètement avec la fermeture de la dernière usine d’impression, les anciens établissements «Girard» en 1970.
Déville s’est beaucoup transformé, grâce aux efforts des différentes municipalités. La population aussi puisque comptant 2 350 habitants vers 1830, elle en compte aujourd’hui plus de 10 000. Ses industries aussi ont changé radicalement de style et la ville s’est tournée vers le secteur de la construction mécanique ou métallurgique (Vallourec, Flexibox, KSB) ou encore de l’électronique.
Un passé riche qu’il ne faut, en aucun cas, oublier.
Philippe RUC